Commerces Bisontins : l’effet tram fantôme

Coupures à répétition sur les réseaux domestiques d'eau, de gaz ou d'électricité, embouteillages, bruits, fumée, avec les travaux d'un tramway nommé déplaisir, Besançon est devenu un véritable chantier à ciel ouvert.

Un no man's land où les tractopelles seront bientôt plus nombreux que les visiteurs sans cesse obligés de slalomer entre deux nuages de poussière. Derrière cet écran de fumée nuisible, ceux qui risquent le plus l'apoplexie pulmonaire ce sont les commerçants.

Si l'arrêt cardiaque n'a pas encore été déclaré, cela ne saurait tarder pour les nombreuses enseignes implantées sur le tracé du futur tram. Les pertes sur le chiffre d'affaire sont estimées entre – 30 et – 50 % selon Jérôme Cart, président de l'Union des commerçants de Besançon.

Les plus lourdement frappés restent les magasins situés quai Veil Picard, quai de Strasbourg, place Jouffroy d'Abbans et le bas du quartier Battant. Secteurs totalement encerclés par les travaux et donc désertés par les clients. Mais plus largement, c'est l'ensemble du centre qui est concerné par cette débandade, tant l'idée de se déplacer en ville est devenue synonyme de galère assurée pour la plupart des gens.

« Si un mois de perte de chiffre d'affaires peut se rattraper, sur trente-six mois, attention les dégâts ! » assène Jerôme Cart, dans le journal La Gazette de Besançon.

Une commission d'indemnisation à l'amiable du tramway (CIAT) a bien été instaurée afin d'aider financièrement les commerçants. Mais, les procédures sont longues et les promesses de dédommagements semblent de plus en plus prendre un parfum d'Arlésienne. Pour preuve : la gérante du tabac le Balto - 15 quai Veil Picard - a déposé son dossier il y a plus de cinq mois, début janvier. Et aujourd'hui, toujours rien !

De son côté, l'Union des commerçants, qui n'en peut plus d'attendre, a alerté la mairie sur ses difficultés et a proposé 15 mesures d\'urgence pour sauver les 600 commerçants et les 4000 emplois du centre-ville.

Parmi elles, citons : la gratuité des parkings le samedi entre 14h et 18h, le changement de la signalétique Besançon-centre qui dévie plus de 21% des clients vers Châteaufarine, ou encore la réhabilitation de l\'ancien Plazza avec des commerces inédits et intéressants…

Une affichette placardée sur une grande partie des devantures du centre résume l'accueil fait par la Ville à ces doléances : sur l'ensemble des sujétions, 8 ont été refusées, 3 ont été qualifiées d\'impossibles, une est en attente et seulement 3 ont été validées.

Alors, face à cette hémorragie - qui frappe un centre ville déjà bien exsangue avant que ne débute le chantier du Tram - que compte faire le maire ? Car même si l'on le connaît plus prompt à se mobiliser quand il s'agit d'agrandir la zone commerciale de Châteaufarine invitons-le modestement à se poser cette simple question : qui empruntera son cher tram pour se rendre au centre si ce dernier, privé de ses commerces, ressemble à une ville fantôme ?

T. Comtois
Publié le jeudi 1 janvier 1970 à 01h00

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