Des commerçants victimes

de l’arnaque à la fausse pub.

Philippe Monin cherche un long moment dans sa boutique de matériel pour culture hors sol, avant de remettre la main sur les trois fax à l’en-tête de sociétés obscures.

Il venait juste d’ouvrir son commerce rue de Dole depuis trois mois. Alors lorsqu’une personne l’a démarché, en octobre 2003, pour lui vendre un encart publicitaire, il ne s’est pas méfié. “J’étais débordé. Lorsque vous débutez, il y a des tas de choses à mettre au point.
Et puis la boutique ne désemplissait pas.”
Il reste des espaces publicitaires dans sa publication, Philippe doit se décider vite, s’il veut en profiter, lui affirme l’homme au bout du fil. “Ils vous mettent sous pression.

Il faut que vous donniez votre accord dans la journée. Et ils vous appellent systématiquement quand la boutique est pleine”, se souvient-il. Philippe signe et envoie le chèque. Rien n’est paru. Et le scénario s’est répété trois fois, avec trois sociétés différentes. Pour un total de plus de 5 000 euros.

Des commerçants victimes d’arnaques comme celle-ci, l’avocate Isabelle Cheval en reçoit pratiquement un par semaine dans son bureau. “Et il faut ajouter à ce nombre, tous ceux qui préfèrent se taire, explique l’avocate, qui représente 25 clients.

C’est toujours le même mode opératoire. Ils proposent par téléphone puis par fax des encarts dans des publications. Puis ils encaissent les chèques et disparaissent.” Les publications en question bien sûr n’existent pas.

Au départ, l’arnaque touchait essentiellement des commerçants de Besançon. Désormais, le Haut-Doubs et Pontarlier sont aussi ciblés.

Sur les fax envoyés, les sociétés affichent une adresse sur les Champs-Élysées à Paris, se dotent de faux numéros d’inscription au registre du commerce. Et les méthodes deviennent de plus en plus raffinées. “Ils jouent sur les noms, utilisent des sigles qui peuvent prêter à confusion avec des parutions officielles. Ou envoient des bons à tirer factices”, reprend l’avocate.

Deux mille plaintes, concernant des arnaques similaires, ont été déposées au tribunal de Bobigny et une enquête est en cours. Des plaintes ont également été déposées à Besançon. Mais aucun des réseaux derrière ces sociétés factices n’a été identifié jusqu’à présent. Une des pistes remonterait jusqu’en Roumanie.

Les malfaiteurs n’hésitent pas à harceler leurs victimes, pour qu’elles envoient les chèques. “Ils sont même allés jusqu’à envoyer un coursier, casqué, réclamer de l’argent à une de mes clientes”, ajoute Me Cheval. Une fois les chèques envoyés, les victimes n’ont plus aucun recours possible. Et les sociétés fictives s’évanouissent dans la nature. “Au bout de quatre mois, lorsque j’ai voulu les rappeler pour leur réclamer mon argent, la ligne n’était plus attribuée”, affirme Philippe Monin.

Seule solution pour les commerçants, la prudence. “Des propositions douteuses, j’en reçois parfois plusieurs fois par semaine. Il faut être vigilant. Et demander systématiquement un exemplaire de la publication en question, avant de payer”, rappelle Jean-Charles Diéterlé, le président de l’Union des commerçants de Besançon.

S.D.

Retrouvez cet article dans le N°54 de la Presse Bisontine

Publié le jeudi 1 janvier 1970 à 01h00

Confirmez-vous la suppression ?