Le goût de la Liberté

En deux jours, l’armée américaine élimine les poches de résistances allemandes à Besançon. La ville est libérée. C’était il y a 60 ans.

À l’aube du 7 septembre 1944, le 7ème régiment de la 3ème division d’infanterie américaine cantonné aux portes de la ville, lance l’assaut sur Besançon après avoir pris la veille le pont stratégique d’Avanne.

Le 8 septembre, c’est une population en liesse qui accueille les G.I.’s et les patrouilles de F.F.I. (forces françaises de l’intérieur) qui viennent de repousser les forces allemandes au-delà des murs de la capitale comtoise. Besançon est enfin libre après quatre années d’occupation et 48 heures de combat. C’était il y a 60 ans.

C’est cet anniversaire que la ville s’apprête à fêter les 7 et 8 septembre après avoir accueilli le 17 août 20 vétérans américains venus commémorer le débarquement de Provence et l’épopée qui a suivi. Ceux-là même qui ont écrit, par leurs actes de bravoure, cette page importante de l’histoire locale au péril de leur vie. Au total, 80 “boys” seront tués ou portés disparus et 90 blessés, lors des combats menés dans “Besançon area” - l’état major U.S. désignait ainsi le secteur. À cette macabre comptabilité viennent s’ajouter près de 40 F.F.I. qui allongent la liste des victimes, et 50 civils. Dans les troupes allemandes, on estime à 250 le nombre de morts et 2 500 prisonniers.

Pourtant, dans ses écrits, le colonel Robert Dutriez, spécialiste de l’histoire militaire régionale indique que “pour les effectifs américains engagés, ces pertes sont à considérer comme minimes” - la 3ème division comptait 17 000 hommes.

Il ajoute : “Une comparaison avec les quatre journées précédentes (du 1er au 4 septembre, 458 tués et disparus) et les quatre suivantes (du 9 au 12 septembre, 201 tués ou disparus) tend à prouver que dans l’optique de nos alliés, la bataille de Besançon fut un simple incident de parcours sur l’itinéraire les ayant conduits de la Provence à la Bavière.” C’est une réalité, les G.I.’s n’ont pas rencontré une réelle résistance, mais cela n’enlève rien à leur courage.

La prise de la ville s’est déroulée en trois mouvements. Le premier en direction de la Citadelle depuis Chapelle-des-Buis. Le second interviendra à l’Ouest en direction de Saint-Ferjeux, avec pour mission de prendre le fort de Chaudanne qui se soldera par la mort de 20 soldats américains. Le troisième mouvement se fera par le Nord-Ouest avec pour objectif Palente via les Montboucons et le Point-du-Jour.

Rapidement, les poches de résistance allemande sont éliminées dans les différents quartiers de la ville. Tout au long de leur avancée, les “boys” sont épaulés, guidés et renseignés par les F.F.I. qui ont préparé le terrain.
“En fait, il apparaît que les Allemands n’avaient pas ordre de tenir Besançon” précise Élisabeth Pastwa, conservatrice du musée de la résistance et de la déportation.

À l’approche des troupes U.S., les forces d’occupation ont commencé à se replier vers l’Est dès la fin du mois d’août. “À Besançon, il n’y a pas eu de pilonnages, ni d’exaction sur la population civile, pas de mise à sac, comme ce fut le cas dans d’autres villes occupées. Par contre, les Allemands ont reçu l’ordre de se maintenir au niveau de Belfort et de tenir la position. Les combats seront beaucoup plus violents. D’ailleurs, le Nord de la Franche-Comté ne sera délivré que plus tard, en novembre 1944.”

Les Américains ne s’attardent pas dans la capitale régionale. “Ils ne font que passer. Les troupes d’assaut continuent leur progression. Il ne reste que la logistique qui va tenter de remettre en place des passerelles, le téléphone. Les forces américaines seront ensuite remplacées à Besançon par l’armée française conduite par De Lattre de Tassigny.”

La résistance (dont 100 de ses membres seront exécutés à la Citadelle pendant la période) avait préparé la Libération en mettant en place un comité de libération chargé de rétablir à Besançon la légitimité de la République et éviter les débordements après le passage des Américains. Ce comité était constitué d’homme, des notables en particulier, qui avaient des attaches avec la résistance. L’ancien maire Jean Minjoz était de ceux là.
“Malgré tout, il y a eu quelques exactions comme des exécutions sommaires et des femmes tondues, alors que le Comité avait mis en place un Comité d’épuration chargé de mener une série d’instructions. C’était une vraie cour de justice, en mesure de condamner par exemple des personnes accusées d’avoir collaboré avec l’ennemi” relate Élisabeth Pastwa.

Ces premiers jours de septembre 1944, une page sombre s’est tournée sur Besançon et sa région. L’occupation, la pression psychologique, la faim, la délation, la mort, la peur de la Gestapo qui avait une salle de torture rue Chifflet, le deuil des familles de maquisards, la radio française à la botte de l’Allemagne, les chroniques riches de René Payot à la radio suisse romande Sottens, tout cela devait appartenir au passé. L’horizon s’est ouvert sur un autre quotidien… libre.

T.C.

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Publié le jeudi 1 janvier 1970 à 01h00

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