Meurtre ou accident?

Dimanche matin vers 6h, un homme de 35 ans décédait à Lougres, près de Montbéliard, dans un accident de voiture. C\'est son épouse qui était au volant. Elle ne conduisait pas très vite, mais avait un peu bu.
Un fait-divers tristement banal...
Sauf que la victime n\'était pas dans la voiture au moment de l\'accident. Elle était devant le véhicule, à pied.
Voilà qui rend ce fait-divers beaucoup moins banal que prévu!

Comme tout accident, celui-ci a fait l\'objet d\'une enquête de routine. Les gendarmes comme les médecins n\'ont pas mis bien longtemps à comprendre que l\'homme avait été heurté par la voiture, et non pas éjecté.
Alors que faisait-il à pied sur la route alors que sa femme conduisait la voiture? Et pourquoi celle-ci a-t-elle percuté son mari? Etait-ce un geste délibéré ou non?
Autant de questions auxquelles il est difficile de répondre puisque la conductrice de 32 ans ne se souvient de rien.

Afin de combler ce trou de mémoire, les enquêteurs ont tenté de reconstituer le déroulement de la soirée. Le couple, originaire de Clerval, avait dîné chez des amis, avant de se rendre dans une discothèque. Le directeur de l\'établissement se souvient très bien d\'eux; il n\'a pas noté de tension entre les deux jeune gens.
Des proches ont d\'ailleurs confirmé la bonne entente du couple.
Mais alors pourquoi l\'homme est-il sorti de sa voiture si ce n\'est à la suite d\'une dispute?
Si on oublie quelques instants ce détail pourtant non négligeable, la thèse de l\'accident est très envisageable. Il faisait nuit, le temps était brumeux, elle était fatiguée, ses réflexes étaient faussés par l\'alcool : il est très possible que la jeune femme n\'ait pas vu son époux à temps pour l\'éviter. Ou qu\'elle ait été surprise par la présence de celui-ci devant la voiture.
Par ailleurs, si ce n\'était pas un accident, la coupable aurait pu chercher à se défendre, à dissimuler son geste. Or la jeune femme se contente de dire qu\'elle ne se rappelle de rien. Une amnésie certes difficile à vérifier, mais qui a tout à fait pu être provoquée par le choc physique et psychologique de cet accident.
D\'autant plus que le premier geste de la conductrice a été de téléphoner à son mari... qui gisait à quelques mètres d\'elle. Voilà qui confirme sa détresse psychologique, bien compréhensible par ailleurs.

Autant de faits qui ont convaincu la juge d\'instruction de Montbéliard de privilégier la thèse de l\'accident. Elle a donc choisi hier après-midi de libérer la jeune femme, qui était jusqu\'alors placée en garde à vue.
Elle reste toutefois sous contrôle judiciaire et est mise en examen pour \"homicide involontaire aggravé par une conduite en état d\'ivresse\".
Les résultats de l\'autopsie de son mari permettront peut-être de reconstituer le déroulement de l\'accident. Quant à savoir pourquoi l\'homme ne se trouvait plus dans sa voiture, c\'est encore un mystère qui ne pourra sans doute être levé que lorsque la jeune femme retrouvera la mémoire.

Laure Godey
Publié le jeudi 1 janvier 1970 à 01h00

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