Thanatopracteur : le corps humain

est son métier. . .

Depuis 10 ans, Patrice Bouvot travaille au laboratoire d’anatomie de la faculté de médecine de Besançon. C’est lui qui prépare les corps à la dissection.

Il est en quelque sorte l’homme de confiance des professeurs qui initient les étudiants à cette discipline si particulière. À 55 ans, ce technicien de laboratoire est en fait thanatopracteur. C’est lui qui prépare les corps humains qui seront disséqués pendant les heures de travaux pratiques. Il suffit de le dire pour que les tempéraments les plus sensibles attrapent un haut le cœur.

Mais la médecine ne s’apprend pas dans le marc de café, et il faut passer par là pour continuer à approfondir sa connaissance du corps humain et faire avancer la science.
Patrice Bouvot n’est plus impressionné par les cadavres qu’il manipule. Question d’habitude sans doute.

Cependant, pour lui qui exerce ce métier depuis 10 ans, il avoue tout de même “qu’au début, c’était un peu dur.” Et puis petit à petit, il a fait abstraction de ses émotions, s’arrêtant sur cette considération que le corps est aussi une mécanique.

Dans cette approche de sa profession, il insiste sur la notion de respect qui lui semble essentiel, de ceux et celles qui un jour, de leur vivant, ont fait le choix de donner leur corps à la science. Chaque année, le laboratoire d’anatomie reçoit entre 5 et 10 nouveaux corps anonymes.

“On accepte tous les corps quels que soient leurs antécédents médicaux. Ils peuvent venir de toute la France dans un délai de 24 heures après le décès. C’est une situation difficile à vivre pour les familles qui ne peuvent pas vivre pleinement leur deuil en procédant à l’inhumation du défunt” explique Patrice Bouvot.

Car jamais le corps n’est rendu à l’entourage. “Quand le cadavre arrive au labo, on l’injecte de produits de conservation par voie artérielle. Ensuite, il est plongé dans des bains d’alcool à 40°. Il faut attendre en moyenne 5 ans, le temps que les tissus soient bien conservés, avant de pouvoir les disséquer.”

La plupart des donateurs sont des personnes âgées, qui ont en tout cas plus de 50 ans. Au total, près de 75 corps reposent dans les bains d’alcool du laboratoire d’anatomie. À mesure des dissections, les cadavres ne restent pas intacts.

La discipline veut que l’on ampute, qu’on ouvre, que l’on découpe pour découvrir et comprendre ce qui se passe sous la peau, à l’intérieur d’une cage thoracique ou d’une tête. On étudie les os, le système nerveux, l’irrigation sanguine, les muscles, les tissus, tout ce qui fait la complexité de la machine humaine.

Quelle que soit la séance, rencontre de spécialistes ou formation des étudiants, Patrice est présent. Il veille sur les élèves de première année qui manquent de s’évanouir lors de leur premier T.P.

L’homme est jovial, efficace et à la fac de médecine, on le sait. Impossible de s’en passer.

T.C.

Un article extrait du dossier de 6 pages consacrés aux métiers de bisontins hors du commun.
À lire dans le numéro d’octobre (N°48) de la Presse Bisontine
Publié le jeudi 1 janvier 1970 à 01h00

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