Travailler après 65 ans ? : \"Le travail ne doit pas devenir une boue de sauvetage !\"

Extraits de l\'interview de Bernard Van Craeynest, président de la CFE-CGC, syndicat de cadres, après la publication d\'un sondage indiquant que 63 % des Français (et 82 % des cadres) seraient favorables à ce qu\'un salarié puisse travailler après 65 ans s\'il le souhaite.

L’Hebdo de Besançon : Le sondage publié en début de semaine indique que 82 % des cadres sont favorables à ce qu\'un salarié puisse travailler après 65 ans s\'il le souhaite. Quel regard portez-vous sur ce chiffre ?
Bernard Van Craeynest : Je retiens surtout de ce sondage qu\'il exprime le fait que les salariés préfèrent un système libre à un système contraignant. (…) Il me semble simpliste de définir un âge \"standard\" pour partir (ou ne pas partir) à la retraite, tant nous ne sommes pas tous égaux face à la maladie, aux conditions de travail, etc. Regardez aujourd\'hui à quel âge s\'arrêtent les hommes politiques, les professionnels de l\'audiovisuel (Drucker a 65 ans, Elkabbach a 70 ans), regardez Guy Roux * ! Bien sûr, quand on est passionné par son métier, on a envie de continuer à travailler après 65 ans. Quand on passe ses journées sur un chantier avec un marteau piqueur dans les mains, ce n\'est tout de même pas la même chose…

L’Hebdo de Besançon : Quoi qu\'il en soit, chez les cadres, c\'est presque l\'unanimité…
Bernard Van Craeynest : Mais là encore, gare aux conclusions simplistes et trop rapides ! Moi, j\'ai surtout le sentiment que l\'on touche du doigt l\'écart entre le principe général et la volonté personnelle. beaucoup de gens réclament plus de liberté pour que les autres puissent continuer à travailler après 65 ans… mais font tout pour, eux, partir le plus tôt possible, ce que je comprends tant le stress au travail, notamment pour les cadres, est important.


L’Hebdo de Besançon : Ce sondage n\'est-il pas également contradictoire avec la situation de l\'emploi des seniors (55-65 ans) en France ?
Bernard Van Craeynest : Et comment ! En France, seuls 37 % des 55-65 ans sont au travail. Il paraît donc évident qu\'aujourd\'hui, nous n\'avons pas réuni les conditions qui permettraient d\'envisager de travailler plus longtemps. Il faudrait peut-être penser à maintenir dans l\'emploi les gens de 55 à 65 ans avant de penser à les faire continuer après 65 ans… D\'une manière générale, nous nous trouvons face à une forme de schizophrénie : on veut défendre la valeur travail, on voudrait que tout le monde aime travailler toujours plus… mais on n\'est pas capable de donner du travail à tout le monde !

L’Hebdo de Besançon : La volonté de pouvoir travailler après 65 ans ne révèle-t-elle pas également une inquiétude sur le niveau des retraites ?
Bernard Van Craeynest : C\'est tout le problème que nous, la CFE-CGC, évoquons dans le cadre du débat sur le cumul emploi-retraite. Il ne faut pas se faire d\'illusions, si on ouvre la porte trop largement à ce cumul, nous allons inciter nombre d\'entreprises à licencier les seniors qui coûtent cher pour embaucher à la place des plus de 65 ans qui accepteront une rémunération basse, qu\'ils compléteront avec leur retraite. On risquerait alors d\'arriver à ce qui se fait dans certains pays, où l\'on voit des retraités cumuler les petits boulots pour survivre… Le travail ne doit pas devenir une bouée de sauvetage pour les seniors !


* A 65 ans, l\'entraîneur de football vient de reprendre du service après une belle polémique sur son âge.
Publié le jeudi 1 janvier 1970 à 01h00

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